Les saisons de Sophie Dèerache
Épisode 3 — L’offre inattendue
«Pendant plusieurs semaines, Sophie avait attendu qu’un recruteur l’appelle. Ce matin-là, elle pensait simplement faire le point sur son CSP. Elle allait en réalité découvrir le temps partagé, une autre manière d’exercer son métier de DRH.. »
Pendant plusieurs semaines, Sophie avait fait exactement ce qu’elle pensait devoir faire.
Elle avait actualisé son CV.
Retravaillé son profil LinkedIn.
Répondu aux offres qui semblaient correspondre à son parcours.
Sollicité quelques anciens collègues.
Le téléphone était pourtant resté silencieux.
Ce matin-là, elle avait rendez-vous avec son conseiller CSP.
Elle s’attendait à faire le point sur ses candidatures.
Elle ne savait pas encore qu’elle allait repartir avec une idée qu’elle n’avait jamais envisagée.
Alors, où en sommes-nous ?
Le conseiller ouvrit son dossier.
— Vous avez envoyé quinze candidatures depuis notre dernier rendez-vous.
Sophie acquiesça.
— Deux réponses. Aucun entretien.
— C’est exactement cela.
Le conseiller ne sembla pas surpris.
Il parcourut le tableau de suivi que Sophie avait soigneusement complété.
- Candidatures envoyées.
- Réponses reçues.
- Relances effectuées.
- Entretiens obtenus.
La dernière colonne restait presque vide.
— Les recrutements de cadres dirigeants prennent souvent du temps, expliqua-t-il. Les entreprises hésitent davantage. Elles comparent les profils, reportent certaines décisions et cherchent parfois une personne capable de répondre à un besoin très précis.
Sophie connaissait cette réalité.
Elle l’avait elle-même observée lorsqu’elle recrutait.
Mais les délais paraissent toujours plus longs lorsqu’on les subit.
La question qu’elle n’attendait pas
Le conseiller fit défiler son CV sur l’écran.
Puis il leva les yeux.
— Êtes-vous toujours certaine de vouloir retrouver exactement le poste que vous occupiez avant ?
La question déstabilisa Sophie.
Depuis le début de son CSP, son objectif lui avait paru évident.
- Retrouver un poste de DRH.
- Dans une entreprise structurée.
- Avec une équipe.
- Un comité de direction.
- Des responsabilités comparables à celles qu’elle avait exercées.
En somme, retrouver ce qu’elle connaissait.
— Je n’avais pas vraiment imaginé autre chose, répondit-elle.
Le conseiller hocha la tête.
— C’est souvent le premier projet. Reprendre le fil là où il s’est interrompu.
Sophie ne sut pas si cette phrase devait la rassurer ou l’inquiéter.
Le CSP ne conduit pas seulement vers un CDI
Le conseiller referma momentanément le tableau des candidatures.
— Le Contrat de sécurisation professionnelle ne consiste pas seulement à répondre à des offres d’emploi, expliqua-t-il.
Il permet aussi de prendre du recul sur son parcours, de faire évoluer son projet et d’explorer des modes d’exercice auxquels on n’avait pas nécessairement pensé.
Sophie avait surtout retenu deux éléments lorsqu’on lui avait présenté le CSP :
- une indemnisation spécifique ;
- un accompagnement renforcé.
Mais jusqu’à présent, cet accompagnement lui avait surtout semblé destiné à mieux présenter sa candidature.
Le conseiller poursuivit :
— Nous pouvons travailler sur votre positionnement, votre réseau, vos besoins en formation ou encore envisager des immersions en entreprise. Nous pouvons également examiner d’autres formes de retour à l’activité.
— D’autres formes ?
— Un CDD, une mission, une activité exercée pour plusieurs entreprises… L’objectif n’est pas de vous faire entrer à tout prix dans une case. C’est de construire un projet cohérent et durable.
Le mot mission retint l’attention de Sophie.
Et si une entreprise me propose une mission ?
Sophie hésita quelques secondes.
— Si une entreprise me propose de l’aider pendant quelques semaines, qu’est-ce qui se passe ?
— Vous pensez à une reprise d’activité pendant votre CSP ?
— Oui. Est-ce que je perds immédiatement mes droits ?
Le conseiller prit le temps de répondre.
— Les conséquences dépendent de la nature de l’activité, de sa durée et du contrat conclu. Certaines reprises d’emploi suspendent temporairement le versement de l’allocation. D’autres peuvent mettre fin au CSP.
Il ajouta :
— Une activité salariée de courte durée peut, sous certaines conditions, s’inscrire dans le dispositif. Une reprise d’emploi plus longue n’a pas les mêmes conséquences. Et une création d’activité indépendante doit également être examinée avec attention.
Sophie sortit son carnet.
— Il faut donc vous prévenir avant d’accepter ?
— Toujours. Une reprise d’activité doit être déclarée à France Travail. Avant de signer quoi que ce soit, nous regardons ensemble les conséquences sur votre CSP et sur votre allocation.
Cette phrase la rassura.
Elle ne disposait pas encore de toutes les réponses.
Mais elle comprenait qu’elle n’aurait pas à les chercher seule.
À retenir sur la reprise d’activité pendant le CSP
Le CSP est prévu pour une durée de douze mois. Il comprend un accompagnement personnalisé et une allocation spécifique, sous réserve de remplir les conditions applicables.
Lorsqu’une activité professionnelle se présente, ses effets dépendent notamment de sa nature et de sa durée.
- Une reprise d’activité doit toujours être déclarée à France Travail.
- Une activité salariée de courte durée peut entraîner la suspension de l’allocation pendant la période travaillée.
- Un emploi d’une durée plus longue peut mettre fin au CSP.
- Lorsque l’activité salariée débute à partir du septième mois, une prolongation du CSP peut être possible, dans certaines limites.
- La création ou la reprise d’une activité non salariée obéit à des règles différentes.
Chaque situation doit être vérifiée avec le conseiller France Travail avant la signature d’un contrat ou le démarrage d’une activité.
Un besoin que les offres d’emploi ne montrent pas
Le conseiller revint au parcours de Sophie.
— Votre dernière entreprise comptait combien de salariés ?
— Près de mille.
— Et selon vous, une entreprise de cinquante salariés a-t-elle besoin d’une DRH à temps plein ?
Sophie réfléchit.
— Pas nécessairement.
— Pourtant, elle peut avoir besoin de structurer ses recrutements, de sécuriser ses pratiques, de préparer des élections professionnelles, de revoir ses entretiens annuels ou d’accompagner un dirigeant confronté à une situation sociale difficile.
Sophie acquiesça.
Elle connaissait chacun de ces sujets.
— Ces entreprises ne publient pas toujours une offre de DRH, poursuivit le conseiller. Elles n’ont ni le besoin ni le budget pour créer un poste à temps plein. En revanche, elles peuvent rechercher une expertise quelques jours par mois.
Sophie fronça légèrement les sourcils.
— Vous voulez dire un temps partiel ?
— Pas exactement.
Il laissa passer un court silence.
— Du temps partagé.
Deux entreprises, une seule experte
Le conseiller tourna son écran vers elle.
Deux entreprises apparaissaient.
La première employait une trentaine de salariés.
Elle se développait rapidement, recrutait beaucoup et ne disposait d’aucune véritable fonction RH.
La seconde comptait un peu plus de soixante personnes.
Son dirigeant cherchait à structurer les pratiques managériales et à préparer plusieurs évolutions internes.
— Elles veulent recruter une DRH ? demanda Sophie.
— Non. Elles cherchent une personne expérimentée capable de les accompagner régulièrement. Une ou deux journées par semaine pour l’une. Quelques jours par mois pour l’autre.
Sophie regarda les deux fiches.
— Et vous pensez à moi ?
— Votre expérience correspond à leurs besoins. Mais je ne vous propose pas un poste.
— Alors, qu’est-ce que vous me proposez ?
— De les rencontrer.
Sophie resta silencieuse.
Pendant vingt-deux ans, elle avait travaillé pour une seule entreprise à la fois.
Une seule direction générale.
Une seule culture.
Une seule équipe.
L’idée de partager son temps entre deux organisations lui paraissait presque contradictoire.
— Ce n’est pas vraiment un poste, finit-elle par dire.
Le conseiller sourit.
— Justement.
Sur le chemin du retour
Dans le tram, Sophie ouvrit LinkedIn.
Elle saisit successivement :
- DRH à temps partagé ;
- DRH externalisée ;
- direction RH à temps partagé ;
- consultante RH indépendante.
Des dizaines de profils apparurent.
Des femmes et des hommes qui avaient, comme elle, occupé des fonctions de direction.
Certains travaillaient pour deux entreprises.
D’autres pour quatre ou cinq.
Ils parlaient de missions, de clients, d’autonomie et d’organisation.
Sophie parcourut les profils avec curiosité.
Elle avait longtemps pensé qu’une carrière de DRH se construisait à l’intérieur d’une entreprise.
Peut-être pouvait-elle aussi se construire entre plusieurs entreprises.
Son téléphone vibra.
Un message de son conseiller.
« Les deux dirigeants sont disponibles mardi prochain. Souhaitez-vous les rencontrer ? »
Sophie regarda son agenda. Il était presque vide.
Elle répondit :
« Oui. Je serai présente. »
Elle ignorait encore que ces deux rendez-vous allaient modifier bien davantage que son emploi du temps.
📌 Les enseignements de Sophie
Ce que le CSP peut permettre d’explorer
- Le CSP n’est pas seulement un dispositif d’indemnisation.
Il comprend un accompagnement destiné à favoriser un retour durable à l’activité. - Le projet initial peut évoluer.
Retrouver exactement le même poste n’est pas toujours la seule voie envisageable. - Le conseiller CSP peut aider à explorer d’autres formes de travail.
Mission, emploi temporaire, formation, immersion ou activité exercée pour plusieurs entreprises peuvent faire partie de la réflexion. - Les offres publiées ne représentent pas l’ensemble du marché.
Certaines PME ont besoin d’une expertise de haut niveau sans pouvoir créer un poste à temps plein. - Le temps partagé répond à un besoin réel des entreprises.
Il permet à plusieurs structures de bénéficier des compétences d’un cadre expérimenté pendant un nombre limité de jours. - Une reprise d’activité pendant le CSP doit être sécurisée.
La nature de l’activité, la durée du contrat et la date de reprise peuvent modifier les droits du bénéficiaire. - Le statut juridique vient après le besoin.
Avant de créer une entreprise ou de choisir une forme d’exercice, il faut comprendre la mission, le client et les conséquences du choix envisagé.
Pour Sophie, le rendez-vous ne débouche donc pas encore sur un nouveau métier. Il lui révèle surtout que son expérience peut être utilisée autrement.
🔎 Pour aller plus loin
Vous êtes en CSP, en transition professionnelle ou en réflexion sur une reprise d’activité ? Voici des ressources utiles pour comprendre le dispositif et explorer les différentes formes de mission.
Comprendre les règles du CSP
- France Travail — Contrat de sécurisation professionnelle : les réponses à vos questions
Accompagnement personnalisé, indemnisation, aides au reclassement et reprise d’activité. - Service-Public.fr — Contrat de sécurisation professionnelle
Conditions d’accès, durée du CSP et conséquences de l’acceptation du dispositif. - Unédic — Fiche réglementaire relative au CSP
Règles applicables à l’accompagnement, à l’allocation et aux périodes de reprise d’emploi.
Explorer les missions et les modes d’exercice
- Portage salarial et CSP : peut-on travailler en mission sans perdre ses droits ?
Comprendre les conséquences d’une mission salariée sur l’ASP et la durée du dispositif. - Recherche de mission sur LinkedIn : en faire un levier efficace
Clarifier son positionnement, développer sa visibilité et créer des opportunités professionnelles. - Profils et métiers éligibles au portage salarial
Identifier les expertises qui peuvent être exercées dans le cadre de missions autonomes. - Comprendre le fonctionnement du portage salarial
Découvrir les rôles respectifs du consultant, de l’entreprise cliente et de la société de portage. - Quand utiliser le portage salarial ?
Repérer les situations dans lesquelles ce statut peut sécuriser le démarrage ou l’exercice d’une mission.
📚 Reprendre l’histoire
Vous venez de terminer l’épisode 3.
✓ Épisode 1 — La décision de Redwood City
✓ Épisode 2 —Le miroir qui grince
Chaque épisode peut être lu indépendamment, mais ils racontent ensemble l’évolution de Sophie.
🎬 Dans le prochain épisode…
Les deux dirigeants sont séduits par le parcours de Sophie.Mais une question inattendue va tout faire basculer.
« Vous avez un numéro de SIRET ? »
Quelques jours plus tard, Sophie créera sa micro-entreprise…
Sans imaginer que ce choix ne sera peut-être pas le bon.
▶ Épisode 4 – Deux patrons, un seul agenda