CSP cadre expérimenté : comment vit-on réellement cette période après un licenciement économique ? À travers l’histoire de Sophie Dèerache, découvrez les doutes, les questions et les premiers pas d’une dirigeante qui entre dans un Contrat de sécurisation professionnelle.
Les saisons de Sophie Dèerache
Épisode 2 — Le miroir qui grince
« Pendant vingt-deux ans, Sophie avait reçu des candidats. Pour la première fois, elle allait devenir l’une d’entre eux. »
Il y a des questions que l’on pose toute sa carrière aux autres.
Et puis un jour, elles reviennent dans l’autre sens.Pour Sophie Dèerache, le premier rendez-vous CSP allait commencer comme un entretien ordinaire.Du moins, c’est ce qu’elle croyait.
Le rendez-vous
Le rendez-vous était fixé à 9h30.La veille, Sophie avait relu trois fois la convocation.Comme si elle craignait d’avoir mal compris.Comme si le courrier pouvait encore contenir une erreur.Il n’y en avait aucune.France Travail occupait un immeuble moderne à quelques stations de tram de chez elle.Sophie arriva avec dix minutes d’avance.Comme toujours.
Elle avait préparé un dossier.
- CV actualisé.
- Bilan de ses dernières années.
- Liste de ses réalisations.
- Quelques offres d’emploi imprimées.
- Elle avait même pris un carnet.
Réflexe professionnel.Le conseiller CSP vint la chercher à l’heure exacte.Il devait avoir une trentaine d’années.Souriant.Professionnel.Efficace.Le genre de personne qu’elle aurait probablement recrutée.
De l’autre côté de la table
La pièce était simple.Une table. Deux chaises. Un ordinateur portable. Sophie connaissait parfaitement ce type d’entretien.Elle en avait organisé des dizaines. Peut-être des centaines. Mais quelque chose avait changé. Cette fois, elle n’était pas là pour évaluer. Elle était là pour être accompagnée. Et, d’une certaine manière, observée. La sensation était étrange. Presque inconfortable.Le conseiller lui posa quelques questions de parcours. Puis vint celle qui semblait la plus simple.Et qui allait pourtant la déstabiliser.
Alors, quel est votre projet ?
Sophie, racontez-moi ce que vous souhaitez faire maintenant.
Question banale. Question redoutable. Pendant quelques secondes, elle resta silencieuse. Elle avait toujours su répondre lorsqu’on lui demandait ce qu’elle faisait.
- DRH.
- Management international.
- Relations sociales.
- Transformation RH.
- Accompagnement des dirigeants.
Mais ce qu’elle voulait faire maintenant ? C’était différent. Elle réalisa soudain qu’elle n’avait jamais vraiment réfléchi à la question. Son projet, jusqu’à présent, avait toujours été le poste suivant. Pas l’après.Le conseiller attendit patiemment.
Je suppose que je vais rechercher un poste de DRH.
La phrase sonnait juste. Et pourtant elle lui sembla incomplète. Comme si elle récitait une réponse attendue. Pas nécessairement la bonne.
Une experte qui ne sait plus se raconter
Les semaines suivantes furent consacrées au bilan.
- Compétences.
- Réalisations.
- Motivations.
- Valeurs.
Sophie joua le jeu. Puis vint l’exercice qu’elle détesta immédiatement. Décrire ses points forts. Parler d’elle. Mettre en avant sa valeur. Elle qui avait passé sa carrière à aider les autres à se présenter découvrait à quel point l’exercice était difficile. Elle se surprit même à utiliser les mêmes conseils qu’elle donnait autrefois aux candidats.
- « Valorisez vos réalisations. »
- « Soyez concret. »
- « Assumez votre parcours. »
Sur le papier, tout semblait simple. Devant son propre écran, beaucoup moins. Plus elle avançait, plus un paradoxe apparaissait. Elle savait parfaitement identifier les qualités d’un candidat.Mais elle peinait à nommer les siennes. Comme si la proximité brouillait le regard.
Le marché lui renvoie une image inattendue
Les premières candidatures partirent rapidement.
- DRH.
- Responsable RH.
- HR Business Partner Senior.
- Direction des ressources humaines.
Les intitulés changeaient. Les résultats beaucoup moins. Quelques accusés de réception automatiques.
Puis le silence. Une semaine. Deux semaines. Trois semaines.Sophie connaissait cette mécanique.Elle savait que les entreprises recevaient davantage de candidatures qu’auparavant. Elle savait que le marché cadre ralentissait. Elle connaissait les statistiques.Mais les statistiques paraissent toujours plus abstraites lorsqu’elles portent votre nom.
Un mardi matin, elle reçut enfin une notification LinkedIn.Son cœur accéléra légèrement.Un recruteur.Enfin.Elle ouvrit le message.Il s’agissait d’une publicité pour une formation certifiante.Elle referma l’application.Et se surprit à rire.Un rire un peu nerveux.Un rire de candidate.En rentrant chez elle, elle posa son téléphone sur la table.Dix minutes plus tard, elle le reprit.Aucun nouveau message.Elle le reposa.Puis le reprit encore.Elle sourit.Elle connaissait ce comportement.Des candidats lui en avaient parlé.Elle ne pensait pas qu’il deviendrait un jour le sien.
Le miroir qui grince
Un matin, alors qu’elle relisait son profil LinkedIn, une pensée inattendue lui traversa l’esprit.Peut-être qu’elle n’était pas aussi visible qu’elle l’avait imaginé.Peut-être que son expérience n’était pas aussi lisible qu’elle le croyait.Peut-être que vingt-deux ans passés dans la même entreprise racontaient autant une stabilité qu’un enfermement.Pour la première fois, le marché lui renvoyait une image qu’elle ne reconnaissait pas totalement.Elle avait longtemps pensé que l’expérience parlait d’elle-même.Le marché semblait lui répondre que non.Le miroir grinçait.Et le bruit devenait difficile à ignorer.
Quand le téléphone ne sonne plus
Trois semaines après son entrée en CSP, Sophie attendait toujours.Les réponses automatiques continuaient d’arriver.Les réponses humaines beaucoup moins.Pour la première fois de sa carrière, elle découvrait que l’expérience ne protège pas toujours du silence.Elle regarda une dernière fois son tableau de suivi.
- Candidatures envoyées.
- Relances effectuées.
- Entretiens obtenus.
La dernière colonne était presque vide.Le problème n’était plus seulement de retrouver un emploi.Le problème était de comprendre comment le marché fonctionnait désormais.Et ce silence allait bientôt l’obliger à regarder ailleurs.Très ailleurs.
📌 Les enseignements de Sophie
Ce qui surprend souvent les cadres expérimentés en transition
- Le CV ne suffit plus. Il doit être complété par un positionnement clair, visible et compréhensible rapidement.
- Le réseau devient déterminant. Beaucoup d’opportunités ne passent pas uniquement par les annonces.
- LinkedIn est devenu un outil professionnel à part entière. Il ne sert pas seulement à afficher son parcours, mais à créer de la visibilité.
- Un long parcours dans une même entreprise peut être une force. Mais il faut savoir le traduire en compétences transférables.
- Les missions peuvent ouvrir une autre voie. Temps partagé, management de transition, conseil ou portage salarial permettent parfois de reprendre une activité plus vite qu’une recherche de CDI classique.
Pour beaucoup de cadres expérimentés, le CSP ne consiste donc pas seulement à retrouver un emploi.
Il oblige aussi à clarifier sa valeur, son projet et sa manière de se présenter au marché.
🔎 Pour aller plus loin
Vous êtes en CSP, en transition professionnelle ou en réflexion sur la suite de votre parcours ? Ces ressources peuvent vous aider à avancer :
- Portage salarial et CSP : comment travailler en mission sans perdre ses droits ?
- Utiliser LinkedIn comme levier dans sa recherche de mission
- Les profils et métiers concernés par le portage salarial
- Le fonctionnement du portage salarial
- Quand utiliser le portage salarial ?
- Simuler son salaire en portage salarial
📚 Reprendre l’histoire
Vous venez de terminer l’épisode 2.
✓ Épisode 1 — La décision de Redwood City
Chaque épisode peut être lu indépendamment, mais ils racontent ensemble l’évolution de Sophie.
🎬 Dans le prochain épisode…
Lors du rendez-vous suivant, son conseiller lui pose une question qu’elle n’avait jamais envisagée.
— Accepteriez-vous une mission plutôt qu’un poste ?
Sophie hésite. Pour elle, une mission n’a jamais été un projet de carrière. Elle ignore encore que cette simple question va transformer sa manière de travailler.
▶ Épisode 3 — L’offre inattendue