CAS PRATIQUES · DROITS SOCIAUX
ACRE et ARCE : comment s’y retrouver dans la jungle des aides ?
Mis à jour le 24 octobre 2026.
ACRE et ARCE : les mêmes lettres, dans un ordre différent. Ajoutez l’ARE, et la confusion est facile. Pourtant, ces trois sigles désignent des dispositifs différents : une réduction de cotisations, un capital de départ et une allocation chômage.
Quand on vient de perdre son emploi et qu’on envisage de devenir consultant, cette ressemblance complique le choix : que peut-on recevoir, à quel moment et avec quelles conséquences sur ses droits ?
Alain a 58 ans, Lucie en a 38. Tous les deux hésitent entre création d’entreprise et portage salarial. Suivons leurs exemples pour comprendre les différences.
Pour comparer, regardons l’argent au démarrage, le revenu chaque mois et les droits qui resteront ensuite.
Trois façons de financer la transition
| Solution | Comment êtes-vous payé ? | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Créer avec un capital de départ (ARCE) | Une partie du chômage est versée en deux fois | Des droits transformés en capital |
| Créer en gardant une allocation mensuelle (ARE) | Un complément calculé selon vos revenus | Un total en principe plafonné pendant l’activité |
| Travailler en portage salarial | Un salaire, avec un complément de chômage éventuel | Des anciens droits préservés et de nouveaux droits possibles |
Pour vous repérer : capital de départ (ARCE), allocation chômage (ARE) et réduction de cotisations (ACRE, anciennement ACCRE).
Créer avec un capital (ARCE) : combien pour Alain et Lucie ?
Le capital représente 60 % du chômage restant, puis une retenue de 3 % est appliquée. Il est payé pour moitié au départ, puis pour moitié six mois plus tard.
Prenons une allocation de 80 € bruts par jour, soit 2 400 € pour un mois complet.
| Situation | Jours de droits restants | Capital total (ARCE)* | Premier paiement* |
|---|---|---|---|
| Alain, 58 ans, au début de ses droits | 822 | 38 272 € | 19 136 € |
| Lucie, 38 ans, au début de ses droits | 548 | 25 515 € | 12 757 € |
| Alain, avec six mois restants | 180 | 8 381 € | 4 190 € |
| Lucie, avec six mois restants | 180 | 8 381 € | 4 190 € |
Montants arrondis à l’euro, après la retenue de 3 %, mais avant CSG, CRDS et impôt. Ils ne sont pas des nets disponibles. Le second paiement est égal au premier avant arrondi.
Les durées initiales supposent une carrière suffisante. Alain reçoit davantage parce qu’il a plus de jours de droits. Avec six mois restants, leurs montants sont identiques.
Ce capital utilise vos droits existants : ce n’est pas une prime supplémentaire. Des délais peuvent retarder le premier paiement. Le second suppose de poursuivre l’activité et, en règle générale, de ne pas exercer un CDI à temps plein.1, 3
Créer avec une allocation mensuelle (ARE) : ce qui a changé
Pour les droits relevant des règles depuis avril 2025, France Travail limite en principe le total versé pendant l’activité indépendante à 60 % des droits restants au démarrage.
Exemple avec six mois de droits :
Sur 14 400 € bruts de droits restants, l’enveloppe ordinaire est de 8 640 € bruts. Sans revenu professionnel retenu, cela représente 3,6 mois d’allocation entière, et non six mois. Des revenus réduisant le complément peuvent étaler cette enveloppe.
Créer une société sans se rémunérer ne garantit donc plus de toucher automatiquement tout son chômage.
Les 40 % restants ne sont pas nécessairement perdus. Ils peuvent être repris après cessation, sous conditions. Une poursuite exceptionnelle pendant l’activité peut être demandée notamment en l’absence de revenu, dividendes compris, depuis la création. Elle n’est pas automatique.2
En portage : un salaire peut préserver des jours de chômage
Prenons une mission à temps partiel en portage permettant un salaire de 2 400 € bruts par mois, dans le respect des minima applicables :
| Sur un mois | Sans activité | Avec cette mission en portage |
|---|---|---|
| Salaire brut | 0 € | 2 400 € |
| Allocation chômage brute (ARE) | 2 400 € | 720 € |
| Total brut | 2 400 € | 3 120 € |
| Jours de droits consommés | 30 | 9 |
Le calcul du complément est ici : 2 400 € − 70 % du salaire brut = 720 €, soit neuf jours indemnisés.
Avec 180 jours au départ, Alain ou Lucie conserve 126 jours après six mois de cette mission. Sans activité, les 180 jours auraient été consommés.
Le plafond lié au salaire antérieur est supposé non atteint. Ce salaire nécessite une facturation couvrant aussi cotisations et frais de gestion : ce n’est pas une comparaison de rentabilité à chiffre d’affaires égal.4
Et quand la mission s’arrête ?
Le portage peut permettre d’acquérir de nouveaux droits au chômage : seuil général de 130 jours travaillés ou 910 heures, avec les autres conditions d’indemnisation.
Six mois calendaires ne suffisent pas forcément. La fin d’une mission ne rompt pas automatiquement un CDI de portage et ne déclenche pas à elle seule une indemnisation. Sans prestation, le salaire n’est pas garanti. Une activité indépendante ne recharge pas, à elle seule, les droits salariés.5
ACRE et ARCE : une réduction de cotisations ou un capital ?
Cette aide réduit temporairement certaines cotisations. Elle ne verse pas d’argent pour vos dépenses personnelles.
Réduite en 2026, elle atteint au maximum 25 % des cotisations concernées hors micro-entreprise, selon le revenu ; en micro-entreprise créée depuis juillet 2026, la réduction est de 25 % du taux normal. Demande sous 60 jours, avec les autres conditions à respecter.2
Quel choix pour votre projet ?
Vous devez financer un lancement ? Le capital peut être utile, à condition que le premier paiement couvre vos besoins jusqu’au second.
Vous démarrez progressivement ? L’allocation mensuelle peut accompagner le démarrage, mais son plafond doit entrer dans votre budget.
Vous avez une mission et souhaitez rester salarié ? Le portage permet de travailler sans créer votre structure, de préserver éventuellement des anciens droits et de cotiser pour la suite.
À 58 ans, Alain doit aussi regarder sa retraite : le capital ne valide pas, à lui seul, des trimestres de retraite de base, contrairement aux périodes de chômage indemnisé qui peuvent valider des périodes assimilées. Aucun maintien automatique jusqu’à la retraite n’est garanti.1
Vous avez une mission en vue ?
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Exemples fictifs, en France métropolitaine, avec une allocation constante, sans dégressivité ni contrat de sécurisation professionnelle. Droits relevant des règles depuis avril 2025 ; conditions des aides supposées remplies. Les reliquats à six mois n’ont pas déjà été mobilisés pour une création antérieure.
Textes de loi et sources officielles
- Capital de départ et retraite : Service Public — aide en capital ; France Travail — calcul et reprise des droits. Règlement général d’assurance chômage, articles 26 et 35, annexé à la convention du 15 novembre 2024 agréée par arrêté du 19 décembre 2024. Inscription à France Travail avant création ; second paiement conditionnel, avec exception spécifique pour certaines SCOP depuis septembre 2026. Les droits non utilisés restent soumis au délai de déchéance.
- Réformes et maintien mensuel : France Travail — création d’entreprise, règlement général, article 32 bis. La date de fin de contrat ou d’engagement du licenciement détermine les règles applicables ; demande de poursuite exceptionnelle sous six mois après atteinte du plafond. Service Public — réduction de cotisations ; Code de la sécurité sociale, article L131-6-4, article 23 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 et décret n° 2026-69 du 6 février 2026. Hors micro : réduction de 25 % jusqu’à 36 045 € de revenu annuel en 2026, dégressive jusqu’à 48 060 €, nulle à partir de ce seuil ; plafonds à adapter aux périodes plus courtes. La durée et les conditions diffèrent selon le statut.
- Durées des droits : Unédic — allocation et durées maximales.
- Complément avec un salaire : Unédic — calcul du cumul, règlement général, articles 30 à 32. Arrondi des jours indemnisables et plafond lié au salaire de référence ; pas de plafond spécifique de 60 % pour cette seule reprise salariée. Le délai de déchéance reste applicable.
- Droits après le travail salarié : France Travail — rechargement, règlement général, articles 28 et suivants ; Code du travail, articles L1254-8 et L1254-21. Les anciens droits sont normalement servis avant les nouveaux, sauf droit d’option applicable.