🟠 Épisode 4 — Ma première mission de DAF externalisé
“On a besoin de vous… hier”
📞 L’appel inattendu
Un mardi matin, alors que je tentais de donner un sens à un tableau Excel vide (mon activité favorite ces dernières semaines), mon téléphone vibre. Numéro inconnu.
« Bonjour, François ? »
Une voix claire, directe, avec ce ton un peu pressé qu’on reconnaît chez les dirigeants qui n’aiment pas perdre leur temps.
« Je suis le DG de Flexotex. On m’a parlé de vous via un de nos investisseurs. J’aurais besoin de vous rapidement. Seriez vous disponible ? »
Je me redresse instinctivement.
« Oui, je vous écoute. »
🚨 Urgence à bord
Il enchaîne sans fioritures :
« Notre DAF vient d’être arrêtée — elle sera absente plusieurs semaines, peut-être plus. Entre les reportings en souffrance, le budget à finaliser, et les investisseurs qui s’impatientent… on doit trouver une solution rapidement. »
Je garde un ton posé :
« Vous envisagez un remplacement sur quelle durée ? »
« A minima trois mois. Pas forcément à temps plein, mais avec une vraie réactivité. »
🧭 Trouver le bon cadre
« Très bien. Et sur le format d’intervention ? Avez-vous pensé à une solution en particulier ? »
« Je vous laisse la main, tant que c’est juridiquement clair et que nous pouvons démarrer sans tarder. »
🏗️ Choisir le bon format d’intervention
Là, pas d’hésitation. J’y ai longuement réfléchi ces dernières semaines.
J’ai passé en revue toutes les options : créer une structure, passer en micro-entreprise… mais entre les délais, les contraintes administratives et la sécurité juridique, rien ne me paraissait aussi simple et rapide que le portage salarial.
C’est ce qui me semble le plus adapté à ma situation actuelle : je peux démarrer sans délai, tout en restant dans un cadre professionnel solide.
💶 Négociation éclair
« Je vous propose donc de passer en portage salarial. C’est rapide à mettre en place, parfaitement encadré, et je travaille déjà avec une société sérieuse. Si on avance aujourd’hui, je pourrais être opérationnel dès demain. »
« Et côté tarif ? »
« Mon TJM est à 800 €. C’est le tarif pour une mission de direction financière en contexte d’urgence. »
Il ne répond pas tout de suite. Puis :
« D’accord. Ça reste dans notre fourchette. Et vu la situation, l’important, c’est que ce soit efficace. Vous pouvez m’envoyer une proposition ? »
« Bien sûr. Je vous fais un mail dans l’heure. Et si vous êtes disponible à 14h, on peut se parler pour ajuster. »
« Très bien. Je cale ça dans mon agenda. »
Mise en orbite express
11h00. J’appelle la société de portage avec qui j’étais en contact depuis le début de ma réflexion. Une équipe carrée, pro, réactive — le genre qui sait gérer aussi bien les freelances fébriles que les clients pressés.
Comme j’avais déjà anticipé le coup, mon dossier est presque prêt. En moins d’une heure, on vérifie mes informations et on rédige un contrat de prestation basé sur ce que j’ai négocié avec Flexotex.
14h00 – 16h00 : visio avec le DG. On affine les contours de la mission, on clarifie les attentes, le rythme (4 jours par semaine), et surtout les urgences à traiter en priorité.
16h20 : il valide le contrat de prestation. Signature électronique dans la foulée.
17h00 : ma DPAE est faite. Je signe officiellement mon contrat de travail en portage salarial.
Demain matin, je serai sur le pont. Parfaitement sécurisé autant sur le plan social que juridique, et couvert par les assurances professionnelles de ma société de portage .
Jour 1 – Plongée dans le flou
Mercredi, 9h30. Me voilà devant les locaux de Flexotex, PME industrielle d’environ 80 personnes, installée en périphérie, entre entrepôts logistiques et petites zones d’activité.
Pas vraiment glamour. Mais l’accueil est cordial, presque détendu.
Jusqu’à ce que je demande à voir… le budget.
La directrice commerciale me tend un fichier Word, sobrement intitulé « Plan stratégique 2025 ».
Trois pages. Aucun tableau. Aucun chiffre.
- “Objectif : vendre plus.”
- “À revoir : marge.”
- “Besoin d’un outil.”
Ce n’est pas exactement ce qu’on m’avait annoncé.
On m’avait parlé d’un budget en souffrance, pas de son absence totale.
Je prends une grande inspiration. Le vrai travail commence.
Il va bien falloir poser les bases — parce qu’à ce stade, il n’y en a pas.
Flexotex, terrain miné
Le DG ne cherche pas à embellir les choses :
« Depuis la levée de fonds, on rame. Les investisseurs veulent du pilotage, du concret. Nous… on essaie déjà de comprendre ce qu’on fait. »
Au fil des jours, je commence à mesurer l’ampleur du chantier : Flexotex a grandi vite — trop vite.
Des recrutements, des clients, de nouveaux produits… mais peu d’outils, peu de structuration, et des décisions prises à l’instinct.
La DAF en place faisait ce qu’elle pouvait, avec les moyens du bord. Une gestion à l’ancienne, très opérationnelle, sans réelle culture de pilotage.
Résultat :
- Pas de plan de trésorerie.
- Aucune vision consolidée.
- Un service comptable débordé, sans cadre clair.
Rien d’anormal à ce stade de maturité, mais tout reste à structurer.
François, pompier en cravate
Pendant plusieurs semaines, je suis partout à la fois.
Je rencontre les responsables de service — certains n’ont jamais eu à construire un budget, ni même à lire un plan de trésorerie.
Je reprends les marges produit à la base.
Je pose un cadre, j’installe des outils simples, je clarifie les flux.
Mais au début, rien n’est fluide.
Je suis un élément extérieur, inconnu, arrivé en pleine zone de turbulences.
Je sens la méfiance : qui est-ce, ce consultant qu’on n’a pas vu venir, et qui demande des chiffres que personne n’a ?
On me regarde avec réserve. Certains répondent du bout des lèvres. D’autres… m’évitent.
Alors je m’adapte.
Je questionne plus que je n’impose.
Je reformule, j’écoute, je cherche des points d’appui.Et surtout : je ne juge pas.
Je sais que dans ces situations, culpabiliser les équipes ne sert à rien.Ce qui manque, ce n’est pas la bonne volonté, c’est le cadre.
Et ça, c’est mon rôle de l’apporter.
Petit à petit, je délivre des résultats concrets : un outil qui fonctionne, une projection qui rassure, une explication claire.
C’est comme ça que la confiance s’installe. Pas par statut, mais par utilité.
Et dans cette entreprise un peu débordée, ma cinquantaine bien assumée devient un levier :J’ai déjà vécu ce genre de situations.Je ne panique pas.
Je sais qu’on ne redresse rien en une semaine, mais qu’on peut enclencher un vrai virage.
Le DG est sous tension permanente.
Le service comptable frôle la rupture.
Quant à moi, je passe mes journées à structurer, mes soirées à documenter, et mes nuits à anticiper.
Peu à peu, les choses prennent forme.Les équipes s’apaisent, s’alignent.Et moi, sans forcer, je trouve ma place.
Fin du premier mois – Un cap franchi
Après quatre semaines intenses, je m’accorde enfin une heure pour faire le point.
La situation est loin d’être stabilisée — on ne redresse pas une PME désorganisée en quelques semaines.Mais les lignes bougent.
Les marges ont été recalculées.Le plan de trésorerie tient la route.Et surtout, le DG ne me regarde plus comme un dernier recours : il me parle comme un allié.
Lors de notre point mensuel, il me dit simplement :« Vous avez mis le doigt là où ça coinçait. On avait besoin de clarté. »
Puis, après un silence :« J’espère qu’on pourra garder ce rythme. Les quatre jours, ça nous va bien. »
Je ne fanfaronne pas. Rien n’est gagné. Mais un cap est franchi.
La confiance s’installe. Les résistances tombent.
Et pour la première fois depuis longtemps, je me sens à ma place. Vraiment.
L’ancienne DAF est toujours en arrêt, sans visibilité sur un retour. Je comprends sans qu’on me le dise : la mission va sans doute se prolonger.
🧠Fiche pratique # 4 – Carnet de bord de François
💼 Première mission : cadrer, écouter, transmettre
✅ Ce que j’ai appris :
- Même dans l’urgence, poser un cadre clair : durée, rythme, périmètre, livrables. Cela sécurise tout le monde.
- Le portage salarial est un excellent outil pour démarrer vite, en toute sécurité — surtout quand on n’a pas encore de structure.
- Annoncer son tarif avec calme et clarté, c’est aussi affirmer sa posture pro. Si ça bloque, mieux vaut le savoir au début.
- Dans une PME où tout le monde se connaît, le lien humain est essentiel : il faut prendre le temps de rencontrer, comprendre, rassurer.
- Quand on vient de l’extérieur, on n’est légitime que par ce qu’on apporte. Pas par son CV. Ni par ses méthodes.
🎯 Mes conseils perso :
- Faites le tour des équipes, même rapidement. Ne restez pas “dans les chiffres” : c’est en écoutant les opérationnels qu’on comprend la réalité.
- Soyez bienveillant, clair et patient. Surtout si vous arrivez dans une structure sous tension.
- Ne cherchez pas à briller. Cherchez à être utile. La reconnaissance vient avec la confiance.
- Et surtout : votre expérience est un atout, pas une carte de visite. Montrez-le par la façon dont vous accompagnez, pas dont vous parlez.
📌 À suivre…
Épisode 5 : Entre devis à rédiger, relances qui s’empilent, paperasse incompréhensible et doutes existentiels à 23h42, François découvre une grande vérité : l’indépendant travaille beaucoup… mais rarement pour ce qu’il facture.
📚 Vous avez manqué le début ?
📖1 – François, 55 ans, ex-DAF : de cash-flow à capharnaüm
📖 2 – François et la cape d’invisibilité
📖 3 – Premier rendez vous client
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